LE PHOTOGRAPHE IGNORANT — §XI

Illu­sion d’optique

PI-PLANCHE-17hauteurEntre les deux types d’esprit iden­ti­fiés par Pas­cal, celui de finesse, où il est ques­tion d’avoir une bonne vue pour saisir les principes qui sont devant les yeux, et celui de géométrie [qui est générale­ment celui de la philoso­phie] qui veut expli­quer toutes choses par les déf­i­ni­tions, c’est —pour le dire à la manière de Claudel— par l’esprit du papil­lon [plutôt que celui de géométrie] que le pho­tographe igno­rant cherchera à con­naître la rose. L’idée de dis­con­ti­nu­ité et de dis­par­ité du temps s’impose claire­ment à lui. Il voit que la vie est pleine de red­ites, d’échecs et de reprises comme d’originalités, de réus­sites et d’inventions où chaque action, si sim­ple soit-elle, brise néces­saire­ment la con­ti­nu­ité du deveniret qu’aucun ensem­ble de con­nais­sances, déduit du principe de rai­son, n’est pro­pre à fournir une solu­tion défini­tive ni une expli­ca­tion achevée de la réal­ité. Partout, il y a muta­tion et, avec elle, change­ment inces­sant du soi, observe Tom­maso Cam­panella*. L’être humain est un com­bi­nat de ten­sions antag­o­nistes. L’immédiateté de la photo se nour­rit de la pul­sion ver­sa­tile du monde. Le réel qu‘elle peut capter est une illu­sion d’optique. La forme d’un instant, scin­til­lant quelque part entre les gueules béantes de l’ultraviolet et de l’infrarouge. L’éternel vit en toute chose; en apparence seule­ment, il s’immobilise par instants; car tout se défait et s’anéantit lorsqu’il tente de per­sis­ter dans l’être signe Goethe. Dieu —puisqu’il faut bien le nom­mer d’une façon ou d’une autre — est la force en mou­ve­ment, la puis­sance en con­tes­tante agi­ta­tion, l’énergie en per­pétuelle vibra­tion. Il fait cir­culer le sang, mon­ter la sève, bat­tre les ailes, soulever les vagues, éclater les planètes, faner les feuilles, flétrir la peau… Il est oura­gan, boule­verse­ment, cat­a­clysme… Il est l’incommensurable muta­tion. Que Ça s’arrête et tout dis­paraît, corps et idées! Car rien de saurait exis­ter de sta­ble, d’immuable, de défini­tif. Chaque homme bal­ancé, roulé, char­rié, est agrippé au radeau de la vie. Tan­tôt debout, tan­tôt couché, tan­tôt age­nouillé, cha­cun est, comme un naufragé, livré aux mirages.

QUELLE EST CETTE IMAGE ? [014]: Blanc de Meudon sur la vitre d’une galerie d’art en réno­va­tion. Saint-Paul-de-Vence. France

Suite par: http://www.numilog.com/363742/Le-Photographe-ignorant.ebook

* Philosophe utopiste ital­ien du XVIe siècle.

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